Shérazade Zaiter : « Le développement durable permet d’améliorer les performances, au niveau économique et financier. »


Shérazade Zaiter est juriste d’affaire, consultante internationale en tourisme et développement durable et doctorante en droit public à l’OMIJ/ CRIDEAU. Elle a récemment participé au Vendredi de la Fondation. Rencontre.

Vous êtes consultante internationale en tourisme et développement durable et vous avez créé votre propre entreprise. Est-ce que vous pourriez nous présenter votre activité ?

J’ai une société de conseils en management et je travaille surtout dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie. Je conseille les groupes hôteliers principalement dans les pays émergents, l’Asie du Sud Est, l’Afrique du Nord, puis la France et depuis peu l’Europe de l’Est et l’Australie. Je m’occupe du juridique, du management, et également des ressources humaines ; j’aide les chefs d’entreprises à améliorer le fonctionnement de leur entreprise en ayant une meilleure organisation et structuration et à élaborer des stratégies pour développer leur activité.  Je travaille aussi sur la réalisation des Objectifs du Développement Durable. Je conseille également les organisations internationales, comme l’ONU et je suis membre de plusieurs associations, dont le CIDCE, Centre International en Droit Comparé de l’Environnement, une OING créé à Limoges et présidée par Monsieur Michel Prieur. C’est une organisation qui est composée de juristes de l’environnement. L’AMFORHT, l’Association Mondiale pour la Formation Hôtelière et Touristique), qui est reconnue comme la référente de l’Organisation Mondiale du Tourisme pour les questions de formation professionnelle et supérieure. Je viens d’intégrer le Global Network for the study of Human Rights and the Environnement (GNHRE) qui est un réseau mondial de penseurs, chercheurs, décideurs politiques et de faiseurs d’opinion qui travaillent à l’interface entre les droits de l’homme et l’environnement.

 

Vous êtes depuis 2017 doctorante en droit public à l’OMIJ/ CRIDEAU. Quel est le sujet de votre thèse et comment se présente votre travail de recherche aujourd’hui ?

Mon activité professionnelle est liée avec mon doctorat en droit sur le développement durable, l’économie verte, les droits de l’homme et l’environnement. Je suis inscrite depuis octobre 2017 a la faculté de droit de Limoges, je débute. L’objet de ma thèse est de démontrer que le développement durable, notamment par la mise en œuvre d’une économie verte, est le moyen qui permet une inclusion des personnes handicapées en leur donnant un travail décent et digne tout en permettant une croissance économique durable.
En novembre dernier j’étais à la COP 23 à Bonn en Allemagne, grâce au CIDCE, où j’ai fait une présentation sur le développement durable, le droit à l’environnement et les droits de l’homme. Ma présentation portait plus concrètement sur cette question : comment le droit à un environnement sain peut devenir un droit de l’homme ? Le droit à un environnement sain est reconnu en France et internationalement, mais pas encore le droit de l’homme à l’environnement.  Mes recherches portent également sur cette problématique.

 

Votre CV témoigne de diverses expériences professionnelles en France et à l’étranger. Est-ce que vous pourriez nous parler de votre parcours professionnel, qui a commencé à l’Université de Limoges ?

Effectivement, mon parcours académique et professionnel commence à Limoges où j’ai fait une maîtrise en droit des affaires en 1998, puis une maîtrise en droit international et droit communautaire en 1999.  En 2000, j’ai obtenu mon DEA en droit de l’urbanisme et de l’environnement, également à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université de Limoges, au laboratoire du CRIDEAU.

Par la suite, j’ai travaillé dans le droit international, puis dans l’immobilier et le conseil financier. Mais, il y a eu la crise économique en 2008 et l’envie de partir s’est fait plus forte. J’ai obtenu un poste dans un cabinet de conseil juridique et d’investissement au Cambodge et nous y sommes restés de janvier 2009 à janvier 2013. J’ai eu l’opportunité de rentrer au Sofitel de Phnom Penh en tant que directrice des ressources humaines. J’étais également en charge de mettre en place différentes actions et procédures autour du développement durable au sein du groupe ACCOR, et c’est pendant cette période que je me suis spécialisée dans ce domaine et dans le conseil en hôtellerie.
Au bout de ces quatre ans j’ai voulu partir en Birmanie car le pays venait de s’ouvrir et les opportunités pour faire du conseil étaient considérables. J’ai intégré le service économique de l’Ambassade de Grande Bretagne (UK Trade and Investment) où je faisais du conseil auprès des investisseurs britanniques et même français. Ce fut une expérience incroyable dans ce pays.  Sur le plan professionnel mais aussi personnel car mon fils est né à Rangoon et j’ai beaucoup appris dans ce pays resté fermé pendant 50 ans. Au bout de deux ans, peu de temps après mon accouchement, je suis partie en Tunisie et j’y suis restée une année. Quand la présidente de FACE Tunisie, qui avait mis en place le programme égalité homme-femme en Tunisie avec le soutien de la Communauté européenne, m’a proposé de rentrer dans la Fondation afin de développer d’autres projets pour aider la Tunisie, j’ai tout de suite accepté. Nous avons travaillé sur des projets concernant les emplois verts, le développement durable, la lutte contre le radicalisme des jeunes. Je suis repartie ensuite une année en Asie du Sud Est, en Thaïlande et au Vietnam puis en Guyane, et c’est là que j’ai finalement décidé de revenir en France métropole où je voulais créer ma société de conseil et faire ma thèse de doctorat sur les problématiques sur lesquelles je travaille depuis des années. Pour moi, c’était une évidence de revenir sur Limoges pour tout mettre en place : c’est là que tout a commencé après tout !

 

Vous avez récemment participé à un Vendredi de la Fondation pour mieux connaître les modalités d’une chaire d’excellence. Est-ce que vous avez déjà un projet en tête ?

Quand j’ai vu les projets de la Fondation, cela m’a donné envie d’apporter ma contribution dans le domaine de la formation. J’ai l’idée de travailler sur une chaire qui lierait le droit de l’environnement, le développement durable et la pratique en entreprise. Il n’y a pas de chaire en droit de l’environnement, ni sur le droit de l’environnement et le développement durable qui permettrait de mettre en place des applications au niveau des entreprises ou des organismes internationaux du gouvernement. Ce projet n’est pas encore tout à fait structuré dans ma tête, mais ce sont les domaines qui m’intéressent et dans lesquels je conseille.

 

Vous conseillez des entreprises sur le développement durable. Quels sont les enjeux pour les entreprises ? Quelles stratégies leur recommandez-vous ?

Pour les grands organismes, la performance et les finances sont le nerf de la guerre. Quand on améliore les procédures de contrôle des dépenses, des dépenses d’énergie par exemple ou des dépenses en ressources humaines, on améliore tout de suite les performances. Mais se concentrer sur la performance n’est pas suffisant. Il faut également être très attentif au bien-être au travail. En effet, le coût des personnes qui sont arrêtées, les personnes qui sont en dépression, les personnes qui ne se sentent pas bien dans leur travail, est énorme. La souffrance au travail existe réellement et un autre point important est celui des femmes, notamment quand elles ont des enfants ou souhaitent en avoir.

 

L’Université de Limoges s’engage activement dans une démarche de développement durable et de responsabilité sociétale (DDRS). Est-ce que vous avez des recommandations pour l’Université ?  

Donner des conseils comme cela est difficile, parce que je ne connais pas très bien toutes les problématiques de l’Université de Limoges. Le développement durable permet également d’améliorer les performances, au niveau économique et financier ; on peut faire des économies et faire rentrer de l’argent. Améliorer et contrôler ses finances est le moyen qui permet de réaliser tous les autres objectifs, qu’il s’agisse d’un organisme public ou d’une organisation privée. Pour cela, il faut mettre des procédures en place, développer des partenariats avec des entreprises, mettre en valeur l’Université de Limoges sur son territoire, réfléchir autrement.

 

En tant qu’ancienne étudiante de l’Université de Limoges, en tant qu’ « Alumni » et doctorante au sein de notre Université, quel conseil donnez-vous aux étudiants ?

 Il faut être conscient du fait que nous avons un excellent enseignement à l’Université de Limoges. Il faut être fier de dire qu’on vient de Limoges. Le CRIDEAU est l’un des meilleurs centres de recherche en droit de l’environnement et de l’urbanisme. Etudier dans une université à taille humaine est un véritable atout car on peut davantage faire avancer les choses. On peut réussir et dépasser les frontières, il faut faire preuve d’audace, ne pas être impressionné par les titres, les statuts. Il faut mélanger les disciplines. Si une personne a envie de partager ses connaissances, elle se rendra accessible. Evidemment, il faut travailler dur, persévérer, garder l’esprit ouvert, voyager et aller vers les autres, partager, prendre des initiatives, confronter ses peurs, faire des erreurs et échouer. Il faut se relever et continuer d’avancer. Avoir des rêves et les réaliser. Et surtout ne jamais arrêter d’apprendre.